Mais s’il est question de prairie, il n’est pas question de mièvrerie, loin de là. Et Isolation, premier morceau de l’album donne tout de suite le ton en commençant par des cordes frottées solennelles et lentes, donnant le ton à cet album austère et triste. Les voix vont ensuite venir rajouter une dimension spirituelle au titre : les chants haut perchés et bitonaux sont des lamentations s’élevant peu à peu vers les cieux auxquels ils aspirent.
Si l’aspect Black Metal se révèle à la troisième minute, le rythme reste toujours lent et lourd et Altars of Grief va se servir de cette lenteur, caractéristique du Doom, pour déployer lentement son paysage artistique. On alterne entre des phases de plaintes et celles de douleur, porté par un flux de pensées qui émane doucement de la foule de chuchotements. Et cette alternance entre la violence du chant black et les dits chuchotements, entre chant aigu et chant grave nous montre déjà que le groupe a choisi une esthétique contrastée, où l’accord se fait dans le contraste et où les chants black viennent en contrepoint des chants mélodiques sereins – alliant cri lugubre au chant de douleur transcendantal.
Arrivé à la dixième minute l’album, l’ambiance se veut encore plus sombre. Desolation s’ouvre avec des vagues de guitare saturées et l’écho nous place devant un infini inquiétant. Soudainement, un monument s’élève autour de nous, nous emprisonnant dans un tourbillon de violence. Si les voix et les claviers gardent toujours ce ton liturgique ; batterie, guitare et chant black s’unissent pour créer une atmosphère explosive et désespérée. L’espoir n’est plus permis et l’alliance des chants clairs en un canon ecclésiastique n’est pas sans rappeler les comparses canadiens de Woods of Ypres. Cette combinaison de la violence destructrice à une aura mystique octroie à Desolation un climat occulte, faisant de ce morceau le chef d’œuvre de cet album – ce qui n’est pas rien.
Si vous entrez dans le sanctuaire d’Altars of Grief vous y trouverez donc un joyau sombre et opaque, à travers lequel la lumière n’est que fantomatique. Mais malgré cette noirceur, Iris garde le cap pendant ses cinquante-cinq minutes dont chaque seconde est à recueillir précieusement. C’est un très bel album à l’esthétique funèbre, à écouter intensément avec modération.